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La nouvelle philanthropie réinvente-t-elle un capitalisme solidaire ?

Auteur : Virginie Seghers
Éditeur : Autrement, Paris
Collection : Acteurs de la sociét

Résumé
Un portrait des philantropreneurs, de leurs motivations et de leurs formes d'engagement. Virginie Seghers fait également un état des lieux de la philanthropie en France et dans les pays francophone.

Quatrième de couverture
La philanthropie connaît dans le monde un essor sans précédent. Il n'y a jamais eu, même en temps de crise financière, autant de milliardaires dans le monde, autant d'inégalités dans la répartition des richesses, ni autant de médiatisation des défis écologiques et sociaux de la planète. Tous les éléments sont réunis pour que les individus les plus riches prennent conscience de leur pouvoir, pour ne pas dire de leur devoir, d'agir pour le bien commun. Mais quels sont ceux qui passent à l'acte ? Quelles sont leurs vraies motivations ? Dans le sillage de Bill Gates, une nouvelle génération de «philanthrocapitalistes», chinois, indiens, moyen-orientaux, français, etc., s'engage. Ils ne parlent plus de charité, mais considèrent le don comme un investissement social, avec un souci d'efficacité prononcé. Ce livre dresse un panorama mondial et interroge pour la première fois, en France, les acteurs clés : la philanthropie peut-elle contribuer à la redistribution de la richesse ? Est-elle un devoir moral ou une simple façon d'accroître l'influence des plus riches en leur donnant bonne conscience ? Dans un monde où le capitalisme, face à ses propres dérives, se veut plus solidaire, cette enquête décrypte les vrais ressorts de la nouvelle économie du don.

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Les ONG, nouvelle édition

Les ONG
Philippe RYFMAN
La Découverte, Collection Repères

"Les organisations non gouvernementales (ONG) sont très présentes dans l’actualité mondiale – nationalement comme internationalement – mais finalement assez mal connues. Les dénonciations caricaturales alternant avec les hagiographies sans nuances n’en facilitent pas l’analyse. D’autant que, si une abondante littérature sur les ONG existe, la recherche demeure encore lacunaire.
Ce livre s’attache donc, après avoir montré l’inscription des ONG dans une histoire déjà longue, à souligner l’ambiguïté du concept, laquelle n’est nullement contradictoire avec un fort activisme, investissant continuellement des champs nouveaux. Il s’efforce de répondre aux principales questions les concernant : financement, sociologie, gestion, management, valeurs, identité collective, concurrence, professionnalisation, légitimité, gouvernance, place dans la « société civile » et relations internationales. Enfin, si la montée en puissance des ONG du Sud et des pays émergents symbolise une planétarisation – que traduit aussi l’émergence d’une diplomatie non gouvernementale – de ces acteurs au sein d’un monde globalisé mais en crise, ils sont désormais en butte à l’hostilité sourde d’un nombre croissant d’États."

Philippe Ryfman est professeur et chercheur associé au Département de science politique et au Centre de recherches politiques de la Sorbonne (université Paris I-Panthéon-Sorbonne). Également avocat, il a dirigé le Master « Coopération internationale, action humanitaire et politiques de développement ». Il a notamment publié Une histoire de l’humanitaire (« Repères », 2008), contribué à divers ouvrages collectifs et assuré la chronique « Société civile » du Monde-Économie.

Relevons la forêt des Landes

Chers amis,

La tempête “Klaus” s’est abattue sur les Landes les 24 et 25 janvier derniers. Il s’agit de la plus grande catastrophe naturelle, écologique et économique jamais rencontrée par ce département. Très largement plus dévastatrice que la tempête de 1999, les conséquences en sont très sérieuses pour la France et pour l’Europe. La plus grande forêt d’Europe Avec 300 000 hectares de forêt ravagés par la tempête, près de 30 à 50 millions de m3 de bois à terre, 35 000 emplois directs concernés par l’exploitation du bois et 90 % de la forêt appartenant à des petits exploitants, incapables de replanter, ce poumon européen est dans une situation critique. Tout juste relevés des conséquences de la tempête de 1999, les sylviculteurs ne peuvent faire face, seuls, à la nécessité de stocker le bois à grande échelle.
A court terme, ce bois pourrira et sera perdu. Vu son état actuel, il est devenu impossible d’intervenir à l’intérieur de la forêt. Avec l’arrivée des grandes chaleurs, le risque d’incendie est très important : il faut rapidement nettoyer la forêt. Les pouvoirs publics doivent intervenir rapidement La tempête a entraîné la disparition de millions d’arbres. Dans un premier temps après la tempête, pompiers, militaires ont été mobilisés pour nettoyer, élaguer et ré-alimenter en électricité. L’électricité et les réseaux téléphoniques ont été rétablis. Cela suffit-il pour que l’Etat se désintéresse des zones et populations sinistrées ? Aujourd’hui, malgré la déclaration de “catastrophe naturelle”, ce désastre écologique et social semble oublié des pouvoirs publics et de l’opinion publique. C'est pour cela que l'association Génération Support Terre que j'ai créée avec Laurent Dupré, son président, a décidé de faire de cette cause, la première grande opération des sportifs pour la planète. Ce soir, le spot que nous avons réalisé avec la participation d'Olivier Roumat, ancien capitaine de l'équipe de France de rugby, sera diffusé sur Canal+ à la mi temps du match de rugby Mont de Marsan vs Dax (derby landais).
Et il sera rediffusé demain lors de l'émission stade 2 sur France 2. Mais vous pouvez déjà retrouver ce très beau film sur le site : http://www.relevonslaforetdeslandes.fr Merci de signer la pétition et surtout de propager cet appel.
Bien amicalement,
Antoine Vaccaro



Relevons la forêt des Landes 25 avril
envoyé par Responsable_ou_pas

Les fondations au défi de la crise

C’était le thème général de la conférence organisée le 2 avril 2009 par le Centre Français des Fondations.
A cette occasion, Patrice Gonon, ancien secrétaire général et directeur financier de la Fondation de France, aujourd’hui patron de la société CreatOrg qu’il a fondée, conseil en gestion pour les organisations non-profit, (contact@creatorg.com), nous a présenté quelques simulations rétrospectives passionnantes pour illustrer les conditions de « survie » des fondations à travers le temps, que nous vous proposons de découvrir dans le diaporama ci-dessous, intitulé :

« La problématique de la pérennité du capital des fondations et de leur financement, face à l’inflation et aux cracks boursiers »

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Des fondations secouées par la crise

Financial Times26 décembre 2008

Par Andrew Jack

Lorsqu’un groupe de riches donateurs et de spécialistes de l’art se sont rassemblés récemment autour de petits fours et de vin local à Seattle, ils ont été accueillis par un message au gout doux-amer.

Phyllis Campbell, directrice de la Seattle Foundation, qui met en relation des donateurs avec un large choix de causes locales, a félicité les personnes rassemblées pour leur travail de soutien de la transformation d’une pension délabrée en musée dédié aux communautés d’Asie-Pacifique de la ville. Mais elle a aussi parlé du manque de fonds à venir – au moment même où les demandes d’aide de toutes sortes augmentent.

« La crise est dans tous les esprits. Les besoins vont augmenter, et le rôle de nos fondations est plus important que jamais. C’est le moment de se regrouper, » a-t-elle déclaré.

 Les engagements philanthropiques sur le long terme d’entreprises locales telles que Boeing et, plus récemment, Microsoft, ont fait de Seattle un des principaux centres de la philanthropie. Pourtant, ici comme partout aux Etats-Unis, en Europe et en Asie, les difficultés qui sont nées dans la sphère financière se sont étendues non seulement à l’économie réelle marchande, mais aussi au secteur non-marchand.

Les effets sont variés et nuancés, mais créent des pressions pour un changement qui pourrait réduire l’activité philanthropique à travers des restructurations aussi radicales que dans le secteur marchand, avec des réductions budgétaires, des licenciements, des fusions et des faillites.

A Seattle, les demandes d’aide sociale ont gonflé brutalement, en même temps que le chômage et les saisies hypothécaires. Les appels aux services d’assistance téléphonique, les inscriptions aux banques alimentaires et les demandes d’aide pour des frais en tout genre, allant des factures à payer aux frais de scolarité des enfants, sont en augmentation.

Mais la capacité des associations à répondre à ces demandes est menacée. Les niveaux actuels de restriction menace le soutien de la part des gouvernements, au moment où les dons des particuliers se resserrent. Une étude britannique menée cet automne – avant qu’une série de faillites de banques n’exacerbe la crise – par la Charities Aid Foundation et l’Association des directeurs d’associations bénévoles a montré que près d’un tiers des associations ont vu les dons des particuliers baisser, tandis que les trois quarts d’entre elles ont fait état d’une demande grandissante pour leurs services.

La baisse brutale des prix de l’immobilier en Occident réduit la valeur des actifs légués aux associations. En Grande Bretagne, la Fondation Northern Rock a beaucoup souffert l’année dernière après les graves difficultés rencontrées par la banque éponyme qui était son mécène. D’autres associations, qui avaient placé de l’argent sur des comptes à intérêts élevés dans les banques islandaises, ont été déstabilisées par l’effondrement de ces institutions à l’automne dernier.

Aux Etats-Unis, un certain nombre d’associations et de fondations juives soutenues par des personnalités comme le cinéaste Steven Spielberg, et l’écrivain Elie Wiesel, sont menacées par les révélations concernant la fraude de 50 milliards de dollars (35 milliards d’euros) de Bernard Madoff. Au même moment,  de nombreuses dotations possédées par des universités américaines comme Yale, ont pris des mesures économiques après les chutes de la valeur de leurs portefeuilles d’investissement.

L’association britannique Wellcome Trust, une des plus grandes ONG médicales au monde, est également très touchée. Son directeur, Mark Walport, a déclaré que les dépenses générales devraient être réduites l’année prochaine.

Le résultat sera une réorganisation du monde associatif. Lors d’une des multiples conférences organisées récemment à propos de l’impact de la crise, Paul Light, de l’Université de New York, a estimé que sur les 900 000 associations caritatives des Etats-Unis, 100 000 pourraient faire faillite dans les deux années qui viennent, en raison de la diminution des fonds.

Mais tout n’est pas si noir. Fiona Halton, directrice de Pilotlight, dont la mission est de mettre en relation des chefs  d’entreprise britanniques avec des associations recherchant des conseils de professionnels, a déclaré que « quand les choses vont mal, les forts se portent plus volontaires ». A Londres, 6% de personnes de plus offrent leur aide par rapport à l’année dernière – y compris des personnes qui ont perdu leur travail au cours des dernières semaines.

Même la baisse du soutien financier n’est pas universelle. « Les gens continuent de donner, mais de manière moins extravagante », d’après Susan Mackenzie de l’entreprise de conseil Philanthropy UK. Les associations qui travaillent sur des projets de long-terme et des causes moins populaires pourraient davantage souffrir que celles qui suscitent une sympathie immédiate pour leur travail de secours d’urgence auprès des personnes qui sont affectées par la crise actuelle.

Le Téléthon annuel organisé par la BBC en Novembre dernier à collecter 21 millions de livres sterling, un record. Le site Internet britannique « The Big Give » qui met en relation les donateurs avec les associations, est tombé en panne le mois dernier après avoir été submergé de demandes. Les dons jusqu’à début décembre à l’association Catholic Charities USA avaient augmenté de 15% par rapport à l’année dernière.

Les estimations du secteur montrent que les fondations avec dotation connaissent généralement une baisse de 15 à 30% de la valeur de leurs actifs entre août et novembre. Mais la plupart des directeurs utilisent des stratégies de lissage qui tentent de répartir les dépenses entre les bonnes et les mauvaises années, réduisant ainsi la probabilité de réduction du budget. Des revenus continus grâce aux dividendes – au moins pour l’instant – signifient qu’il n’y aura peut-être pas besoin de vendre des parts à leurs faibles valeurs actuelles.

Historiquement, les dépressions économiques n’ont pas un impact néfaste sur les dons des fondations américaines. D’après une étude du « Foundation Center », un groupe de recherche sur la philanthropie, ceux-ci ont même légèrement augmenté lors des récessions précédentes.

Dans les années à venir, avec une compétition grandissante et des niveaux de financement en baisse, les associations non marchandes seront amenées à travailler encore plus dur pour gagner le soutien des donateurs, démontrant leur efficience et  leur efficacité à travers plus de transparence et des évaluations rigoureuses de leur travail. Nombre d’entre elles pourraient être obligées de se restructurer, de fusionner ou seront confrontées à la faillite.

Pamela Barnes, directrice de la Fondation Elizabeth Glaser Pediatric Aids, explique que les associations doivent combattre la « culture de la propriété » et se rassembler autour d’objectifs partagés. « Nous devons apprendre à travailler ensemble plus intelligemment et de manière plus efficace, et permettre aux donateurs de faire des économies. »

Si les organisations qui recherchent des subventions doivent s’adapter, il en va de même pour les financeurs, en travaillant ensemble et avec des intermédiaires comme l’association New Philanthropy Capital pour identifier les bénéficiaires les plus adaptés. « Les fondations tentent de faire plus, avec moins de moyens, » selon Steve Gunderson, directeur du Conseil des Fondations, une organisation américaine au service d’organismes subventionnaires, de fondations familiales et de programmes de don d’entreprise.

Il explique que les fondations passent actuellement en revue toutes les subventions existantes, empruntent de l’argent pour pourvoir aux dépenses de plusieurs années, et s’engagent dans des politiques de réduction de coûts au niveau interne, en réduisant le nombre de salariés, en laissant des postes vacants ou en supprimant leurs engagements de cotisations. « Elles essaient de faire des économies et de canaliser leurs ressources. »

La Philadelphia Foundation, par exemple, a annulé un évènement en l’honneur de  son 90ème anniversaire, et au lieu d’imprimer son rapport annuel, l’a simplement mis en ligne sur son site Internet. Les 100 000 dollars qui ont ainsi été économisés ont été donnés à des causes locales.

La plus grande organisation philanthropique au monde, quant à elle, ne projette pas de baisse de ses dons. La Fondation Bill et Melinda Gates a décidé d’augmenter les dons d’environ 10% l’année prochaine – certes moins que prévu et avec des contrôles plus stricts des dépenses et de la croissance des emplois. « Nous dépenserons simplement un pourcentage d’actifs plus important que ce que nous aurions du dépensé s’il n’y avait pas la crise. Nous allons continuer de donner, parce que c’est encore plus important dans le contexte actuel, » a déclaré M. Gates.

Il est aidé par une dotation protégée par une politique d’investissement conservatrice et qui augmente régulièrement grâce à des apports provenant d’une part de sa propre fortune, et d’autre part – depuis 2006 – de son ami, Warren Buffet, l’homme le plus riche au monde.

Mais surtout, M. Gates s’est engagé à ce que la totalité de sa dotation soit dépensée dans les 50 ans après la mort du dernier des trois administrateurs de sa fondation : lui-même, sa femme et M. Buffet. Cela contraste avec les nombreuses fondations établies de longue date qui tentent de maintenir ou d’augmenter la valeur de leurs actifs, avec pour visée de toujours exister.

Pablo Eisenberg, un chercheur chevronné en matière de philanthropie, soutient que les politiques américains devraient changer le seuil qui permet aux fondations d’obtenir une exemption fiscale, qui exige que 5% seulement d’actifs soient dépenser chaque année. Il aimerait que le seuil – introduit en 1969 – augmente au moins jusqu’à 6%. « Compte tenu des avantages fiscaux dont bénéficient les fondations, leurs administrateurs et leurs équipes devraient avoir honte de leur réticence à donner davantage, » a-t-il déclaré.

De tels mouvements pourraient atténuer les difficultés du secteur non marchand mais – comme dans le secteur marchand – il est probable que le pire soit à venir. Bradford Smith, le président du Centre des Fondations, explique que « lorsque les marchés commencent à se détériorer, ça ne se voit pas immédiatement. Les fondations disent qu’en 2009 il y aura une baisse des dons, mais 2010 est l’année à surveiller. Il y a beaucoup de nervosité, beaucoup d’inquiétude, et de nombreuses organisations non marchandes se préparent au pire ».


Traduit de l’anglais par Elena Vaccaro

Pour retrouver la version originale de l'article : cliquez-ici

L'authenticité dans la relation à l'autre

Les Conversations Essentielles au Grand Palais le 17 janvier dernier :

Les universités américaines font appel aux dons pour aider les étudiants

Shelly.Banjo, Wall street Journal

Les universités américaines encouragent vivement les donateurs à donner directement pour l’éducation plutôt que pour des projets concernant les bâtiments ou les programmes.

La crise économique oblige les écoles à orienter leurs campagnes de collecte de fonds davantage sur l’aide financière, les bourses ou sur un fonds général, qui est typiquement utilisé pour les besoins les plus urgents de l’université et souvent orienté pour l’aide aux étudiants.

En octobre, l’Université Cornell d’Ithaca, dans l’Etat de New York, a augmenté son objectif de campagne de collecte de fonds pour les bourses d’étudiants de premier cycle de 225 millions à 350 millions de dollars, ce qui a permis de relancer les dons notamment pour cette priorité, selon Simeon Moss, porte-parole de Cornell. Tandis que les dons ont tendance à diminuer, ceux destinés aux étudiants de premier cycle ont grimpé de 13,7 millions de dollars en 2007, à 63,4 millions en 2008.

“Vu l’étendue de la crise économique actuelle, nous pouvons très bien retarder la construction de tel ou tel nouveau bâtiment, mais il est hors de question de dire à toute une promo de prendre une année sabbatique”, explique Bobbi Mark, chargée de la promotion institutionnelle à l’Université Barnard à New York. « Certaines choses doivent être des priorités, et l’aide financière en est une, » ajoute-t-elle.

Bien que de nombreuses universités disent qu’il est trop tôt pour évaluer les impacts de la crise sur l’aide, beaucoup voient déjà des familles qui rencontrent de grandes difficultés. A l’université Barnard, si les actifs nets actuels des familles baissent de 25% à 40%, « nous devrons accorder environ 1,2 millions de dollars de plus pour l’aide financière aux étudiants, sous formes de bourses ou de prêts supplémentaires, » selon Greg Brown, chargé des finances à Barnard.

Pour cette raison, Barnard tente d’accroitre l’intérêt des donateurs pour son programme de bourse au mérite, pour lequel un donateur (ou un groupe de donateurs) s’engage à donner 100 000 dollars pour aider à payer les frais de scolarité d’un étudiant. Les donateurs rencontrent les étudiants bénéficiaires au cours d’un gala annuel à Barnard, appelé « Réception des éclaireurs » et sont encouragés à rester en contact tout au long de l’année.

« D’autres personnes préfères peut-être avoir leur nom sur un bâtiment, mais moi je veux voir et comprendre pourquoi je donne », explique Phylis Esposito, banquière à New York, qui a offert une bourse au mérite en l’honneur de sa mère. « Quand vous investissez dans l’éducation d’un individu, la contribution est très personnelle et le potentiel, illimité, » ajoute-t-elle à propos des quatre années pendant lesquelles elle a soutenu un étudiant de troisième cycle de Barnard.

A l’université de Stanford, à Palo Alto en Californie, un certain nombre de familles a été touché par la crise immobilière et la hausse du chômage, selon Karen Cooper, directrice de l’aide financière. L’école a noté une « augmentation des demandes d’aide au-delà de ce qui était prévu, donc nous devrons faire une dépense plus importante pour l’aide, » explique un porte-parole de Stanford. On estime que 70% du budget pour l’aide financière à Stanford provient directement de sa dotation.

Dans les universités d’Etat, où les fonds du gouvernement ont déjà été réduits, on demande aux anciens élèves et aux parents de donner davantage pour les bourses d’études. En octobre, l’Université du Texas à Austin a annoncé une nouvelle campagne de collecte de fonds à hauteur de 3 millions de dollars, avec comme objectif premier de rendre l’école abordable, explique Carolyn Connerat, directrice de la collecte à l’Université du Texas. Le montant des dons pour les bourses y a augmenté de 4 millions de dollars par rapport à l’année dernière.

« Comme les piliers de notre campagne sont les bourses d’études et le soutien aux étudiants, nous espérons que les dons continueront d’augmenter, » a déclaré Juan M. Garcia, chargé du développement à l’Université du Texas.

Traduit de l’anglais par Elena Vaccaro

Guide du philanthrope en temps de crise

RAY FISMAN, économiste, professeur à l’université de Columbia

Les associations se demandent comment faire face aux jours de turbulence économique qui se préparent. Si la récession – ou pire encore – s’installe, les ONG peuvent s’attendre à ce que leurs dons diminuent au même rythme que les revenus des particuliers et des entreprises qui les financent (les économistes estiment généralement qu’une baisse de 10% des revenus génère une chute de 4 à 8% des dons). Les fonds publics ne combleront certainement pas le manque à gagner, puisque les Etats voient également leur budget se réduire.

Certaines ONG ont un “fonds pour les mauvais jours” qu’elles utiliseront pour couvrir leurs déficits; d’autres choisiront même d’utiliser leur fonds de dotation. Mais peu d’associations possèdent les milliards de dollars de réserve qu’ont Harvard et Yale par exemple, et les rendements des dotations sont également touchés par la baisse du marché. Il ne leur reste alors qu’à réduire le nombre de leurs programmes – cruelle ironie quand on sait que pour beaucoup d’ONG, les périodes difficiles sont précisément celles où leurs services sont le plus sollicités.

Dans ce contexte de besoins grandissants et de moyens de plus en plus limités, quel comportement doit adopter un philanthrope ? Tout d’abord, le contexte actuel souligne l’importance de faire des dons réfléchis et stratégiques. Le plus simple pour faire le choix d’une association aujourd’hui est de redonner à celle que l’on a soutenue l’an dernier. Mais ce n’est pas le moment de faire preuve d’inertie philanthropique – un dollar donné à une association est un dollar qui n’est plus disponible pour une autre cause, qui en aurait potentiellement plus besoin, ce que les économistes appellent le coût d’opportunité de l’argent.

Pensez aux problèmes les plus graves qui doivent être résolus dans le monde et sonder le paysage associatif pour trouver les ONG qui répondent le mieux aux besoins que vous avez sélectionnés. L’attention devra être portée sur les résultats : Combien de pauvres ont été nourris grâce à une soupe populaire ? Combien de chômeurs – qui seraient restés sans emploi autrement – ont été retirés des listes des bénéficiaires d’une aide sociale grâce à un emploi aidé ? Et combien ces résultats ont-ils coûté ? Identifier et financer les ONG qui ont la meilleure “productivité” est plus important que jamais. Avec un nombre croissant d’organismes de surveillance, ainsi que de grandes fondations qui évaluent soigneusement les activités des associations et publient les résultats, il est tout à fait possible même pour un donateur particulier d’évaluer et de comparer les bénéfices potentiels, et de donner de façon stratégique.

Ces temps économiquement difficiles pourraient aussi vous amener à changer vos priorités sur ce qui vous semblent les besoins les plus cruciaux. L’art est une cause éminemment noble, par exemple, mais les besoins des musées ne vont pas croissants et décroissants en fonction des cycles économiques de la même façon que ceux d’organisations de service social comme les soupes populaires et les foyers pour sans-abris. Donc, au moins tant que les temps sont durs, vous souhaiterez peut-être remanier votre portefeuille de dons pour les concentrer sur des programmes destinés à amoindrir l’impact de la crise économique pour ceux qui sont le plus touchés.

Les organisations qui possèdent des réserves d’argent assez importantes ne seront sans doute pas confrontées au même resserrement financier que celles qui vivent au jour le jour. Depuis plusieurs années maintenant, les étudiants de Harvard s’interrogent sur l’intérêt de donner de l’argent pour qu’il aille directement dans la dotation de 30 milliards de dollars de l’école. Les besoins augmentant ailleurs, il devient plus difficile encore de démontrer l’intérêt de donner aux grosses structures du monde non marchand. On a du mal à imaginer que les étudiants ou le corps enseignant d’Harvard, protégés comme ils le sont par une dotation assez importante, ressentiront une diminution des services qui leur sont proposés dans les jours qui viennent, et ce même dans le pire scénario économique.

Enfin, réfléchissez à la somme que vous pouvez vraiment donner. Comme je l’ai dit plus haut, utilisez l’argent que vous décidez de donner de façon stratégique. Mais si vous voulez pratiquer une philanthropie réellement stratégique en période de crise économique et que vous avez les moyens de le faire, pratiquez la « philanthropie à contre-courant », en donnant plus quand les besoins augmentent.

Traduit de l’anglais par Elena Vaccaro

ASMAE : ONG laïque et apolitique de soeur Emmanuelle

Le business de l'aide humanitaire

L'émission "intelligence économique" de France 24 portait cette semaine sur le marché de l'humanitaire :

"Ces dernières années, le marché de l’action humanitaire s’est développé de manière exponentielle. Aujourd’hui, les fonds à vocation humanitaire totalisent près de 600 milliards de dollars, presque autant que le fameux plan de sauvetage de l’économie américaine. Au palmarès des fondations les mieux dotées, figure à la première place celle de Bill et Melinda Gates qui pèse quelque 70 milliards de dollars.

Ces fonds se divisent en deux parties. D’un côté, les Etats, les institutions et les organisations internationales (ONU, Unicef, OMS) qui, jusqu'à récemment, détenaient le monopole de l'humanitaire. De l'autre, les fondations avec leurs représentants souvent connus du grand public comme Bill Gates ou Bill Clinton, et des structures plus anciennes comme celle de Ford ou de Rockefeller. Derrière le décor des galas et la communication, se joue un enjeu crucial : le contrôle de l’aide au développement.

L’investigation d’Intelligence économique commence à New York, où s’est déroulée, fin septembre, la réunion annuelle de récolte de fonds de la fondation Clinton.

Invité de ce numéro, Joseph Zimet, secrétaire d'État à la Défense et aux Anciens combattants, a passé deux ans aux États-Unis pour étudier ces fonds et publier une étude complète sur le sujet."

Retrouvez l'émission de France 24 du samedi 22 novembre

La fenêtre de la philanthropie à peine ouverte va-t-elle se refermer ? (Episode 2)

Les Français ont mis du temps à admettre cette nécessité. Depuis la révolution française, le citoyen a délégué à l'Etat, qui incarne la Nation, la défense de l'intérêt général. Dès lors toute tentative de prise en charge de l'intérêt général par le privé est considérée comme suspecte, et cette tradition s'est perpétuée jusqu'à un passé récent. Cette friction sur la façon de penser l'intérêt général va marquer la résurgence de la philanthropie. Son retour, dans des habits neufs, sonnent pour certains l'échec de l'Etat providence, pour d'autres le retour des inégalités sociales, car la philanthropie est étroitement liée à l'enrichissement, à l'hégémonie et à la volonté de dépense en pure perte, concept inaudible par les tenants de la dictature de la production, entre autres. Pour ces derniers, l'indice de philanthropie pourrait être corrélé avec le niveau d'inégalités ou le creusement des écarts entre les riches et les pauvres.

On pourrait montrer au contraire que plus le taux de philanthropie est important et plus la société est opulente, même si les inégalités se creusent.

D'ailleurs on pressent bien que deux systèmes s'opposent : celui de la dictature de la production concentrée sur l'accumulation de nouveaux moyens de production, face à celui de la dictature du client tournée vers la dépense.

C'est au moment du passage de témoin entre la domination de la production et celle de la distribution les années 70-80 que renaît en France la philanthropie. Le passage de l'imperium de la production à celui de la dépense est le moment inéluctable de la dépense improductive du trop plein d'énergie.

Le cycle de domination a été transféré de la production (phase d'accumulation) à la consommation, (phase de dépense) faisant la part belle aux médias, aux publicitaires, aux distributeurs. Et ce mouvement s'est fantastiquement accéléré depuis 20 ans avec la convergence numérique des moyens de communication, au point de parler désormais d'économie de l'immatériel.

Mais la dictature du consommateur est à peine imposée que déjà le pouvoir se déplace vers l'actionnaire, annonçant la victoire renouvelée du capitalisme et de Wall Street. Car n'oublions pas que le capitalisme est avant tout affaire d'investissement.

Les fortunes qui se constituent grâce à cette nouvelle mutation n'ont rien de commun avec celles du passé. Effets de la mondialisation aidant, la croissance et le vieillissement de la population, principale détentrice des patrimoines et préoccupée avant tout d'assurer sa rente, déplacent le pouvoir vers l'actionnaire.

Cette domination de l'actionnariat signe une nouvelle ère d'accumulation, sans doute encore jamais égalée. Jamais encore le système économique n'a été autant mondialisé que depuis la chute du mur de Berlin, aboutissant à la constitution de richesses entre les mains d'individus qui ne sont pas sans rappeler : Laurent de Médicis, le surintendant Fouquet, Rockefeller, etc.

Dès lors la question qui est posée à notre société de plus en plus inégalitaire est plus que jamais celle de l'extrême pauvreté, dans un monde globalisé où plus rien ne peut être caché : de l'hyper luxe à la plus grande misère.

Car une telle accumulation appelle des destructions d'énergies en compensation aussi vertigineuses. Elles peuvent se faire par la guerre, on peut espérer qu'elles se feront par la philanthropie.

Le prochain point d'inflexion du renouveau philanthropique est à rapprocher de ce phénomène. Les derniers records battus par Bill Gates et Warren Buffet sont l'avant garde d'un mouvement plus vaste. Car comme l'exprimait G Bataille, la dépense ostentatoire suit toujours, in fine, le moment d'accumulation.

Cette ébullition est déjà perceptible car se profilent, derrière ces deux immenses fortunes, des milliers d'autres philanthropreneurs.

Mais il ne peut exister de philanthropie si on ne peut constituer de fortune. Faut-il encore permettre cet enrichissement, car la philanthropie est co-substantielle de l'inégalité.

Le krach des marchés financiers que nous venons de connaître est, semble-t-il le processus naturel du fonctionnement du capitalisme.

Une nouvelle phase de consolidation vient de s’ouvrir. La réduction de la valeur des actifs, la raréfaction de la monnaie, liée à l’arrêt des innovations délirantes des marchés en matière de création de monnaie, le retour en force des Etats pour juguler puis réguler le secteur bancaire, risquent de ralentir, pour longtemps, les créations ostentatoires de richesses.

Une certaine forme d’égalitarisme va s’imposer à nouveau à des sociétés démocratiques choquées par le manque de contrôles des acteurs économiques.

Une parenthèse se referme, pour la grande philanthropie occidentale, au profit d’une philanthropie de masse. Des centaines de millions de petits donateurs vont continuer à soutenir les associations et les fondations au service de l’intérêt général.

Nous allons assister à l’affirmation dune grande philanthropie des pays émergents, au système capitaliste adossé à des Etats

Fin provisoire

AntoineVaccaro

Le don, ressource illimitée de l’humanité

Les samedi 22 et dimanche 23 novembre prochains l’association Enfants du Mékong fêtera ses 50 ans à l’UNESCO.


Pour plus d’informations :
> http://www.anuncioblog.com/index.php?post/2008/10/31/Quest-ce-qui-fait-encore-tourner-la-Terre-aujourdhui
> http://www.enfantsdumekong.com/s/unesco_menu.html

La fenêtre de la philanthropie à peine ouverte va-t-elle se refermer ? (Episode 1)

La crise de la finance que vient de connaître le monde marquera-t-elle,  comme cela a été le cas après  1929, un ralentissement, voire l’arrêt des projets philanthropiques ?

Répondre à une telle question, à chaud, avec le manque de recul nécessaire, est un exercice périlleux. Il nous paraît cependant important de se pencher sur cette hypothèse et d’essayer d’en tracer quelques orientations. 

Un peu d’histoire pour tenter d’éclairer l’avenir.

La philanthropie, comme les dépenses somptuaires, les fêtes, résultent de la nécessité de consumer, de façon pacifique, l'excédent dégagé par une économie ou plus largement par une société. Si cette "destruction" d'excédent n'était pas consentie volontairement, elle s'imposerait à elle par la guerre. 

Georges Bataille, inspiré des travaux de Marcel Mauss, déduit une représentation générale du monde, où "l'échange est traité comme une perte somptuaire des objets cédés et se présente à la base comme un processus de dépense sur lequel s'est développé un processus d'acquisition par rapport à la dépense. L'idée d'un monde paisible et conforme à ses comptes qui serait commandé par la nécessité primordiale d'acquérir, de produire et de conserver n'est qu'une "illusion commode", alors que le monde où nous vivons est voué à la perte et que la survie même des sociétés n'est possible qu'au prix de dépenses improductives considérables.

Mais c'est aussi du choix que feront les hommes d'aujourd'hui, du mode de dépenser l'inéluctable excédent, que dépendra leur avenir. Vont-ils continuer à "subir" ce qu'ils pourraient "opérer", c'est à dire à laisser le surplus provoquer des explosions de plus en plus catastrophiques au lieu de consumer volontairement, de le détruire consciemment par des voies qu'ils puissent choisir et "agréer" ?

Cette vision radicalement opposée à la pensée économique traditionnelle, qui considère que l'activité humaine est réductible à des processus de production, d'accumulation et de conservation, est la plus à même de nous éclairer sur la nécessité de l'action philanthropique.

Le principe de la perte, c'est à dire la dépense inconditionnelle, a une fonction sociale plus importante que celles de la production et de l'acquisition qui lui sont subordonnées. On ne produit que pour dépenser et la forme de cette dépense précise le type de société dans laquelle on évolue. "La consumation des richesses est, par rapport à la production, l'objet premier"*.

Le paradoxe difficilement intelligible et acceptable des deux bords de la pensée économique,  marxistes et capitalistes c'est que la richesse augmente dans les  sociétés qui dépensent et diminue, au final, dans les sociétés voués à la production et à l'accumulation. 

La raison en est la cristallisation inéluctable, à terme, de la richesse entre des mains de "rentiers" et non plus de "risqueurs". Sans destruction de l'excédent, il n'y a pas de croissance.

Car l'accumulation n'est qu'un délai, un recul devant l'échéance inévitable de la destruction.

C'est dans des cycles d'austérité qui accumule et de prodigalité qui dissipe que nos sociétés poursuivent leur croissance. Quelle que soit la phase d'accumulation, celle-ci trouve son aboutissement dans la perte ostentatoire qui reste universellement lié à la richesse, comme sa fonction dernière*.

Il apparaît ainsi que l'impasse de l'accumulation des richesses est co-substantielle de l'activité humaine et des cycles d'avènement de nouvelles technologies qui permettent des gains de productivité et des rendements tels, que l'excédent non exsudé "embolise" les économies.

La croissance mondiale, extraordinaire par de nombreux aspects, alimentée de 1870 à 1929 par des révolutions technologiques sans précédent (vapeur, électricité, moteur à explosion etc) va aboutir à une crise de surproduction qui ne se terminera qu'après la deuxième guerre mondiale et le plan Marshall.

Une destruction orgiaque d'énergie, par la guerre, suivi d'une "destruction" raisonnable, par le don : le plan Marshall.

Et pourtant cette période de grandes dépenses catastrophiques a permis une sensible évolution du niveau de vie général, confirmant l'axiome énoncé plus haut :

"La richesse augmente dans les sociétés qui dépensent et diminue dans les sociétés vouées à la production et à l'accumulation".

La période suivante, de 1945 à aujourd'hui, n'est qu'une succession de phases d'expansion et de récession dont on ne sort que par la destruction de richesses considérables.

La consumation d'une grande partie de l'excédent mondial, des deux cotés du rideau de fer,  s'est faite dans l'après guerre essentiellement par la course à l'armement nucléaire. Elle s'est continuée aussi par des guerres par procuration que se sont livrés l'URSS et les USA. Et enfin pour ces derniers, la guerre directe au Vietnam et à nouveau depuis le 11 septembre 2001, en Afghanistan et en Irak.

Ce dernier conflit, qui pouvait sans doute être évité, a déjà "coûté" à l'Amérique 400 milliards de $, et il est estimé, qu'au final, il en coûtera 2000 milliards de $. Et depuis les attentats du World Trade Center, les USA ont connu une croissance économique très dynamique. La guerre comme instrument de relance ?

Si la tradition philanthropique américaine a déjà bien intégré la nécessité de relancer la croissance par la destruction improductive de l'excédent, combinant à la fois, la nécessité de faire le bien et de  la prise en compte du soulagement de la souffrance humaine. Les fondations Rockfeller et Ford, par exemple, ont travaillé avec le gouvernement Indien dans la mise en œuvre de la révolution verte et ceci à la dimension d'un continent.

Ce que ces philanthropes ont sans doute compris, c'est que l'issue pacifique de la destruction de l'excédent passe par le don privé et volontaire aux plus démunis, afin d'élever leur niveau de vie et donc de réduire les risques de déflagration générale.

(à suivre…)

Antoine Vaccaro

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* ibid

Le mécénat d’entreprise sort du bois

L’enquête Le mécénat d’entreprise en France 2008 réalisé par l’ADMICAL – CSA, montre une progression fantastique du montant consacré par les entreprises à leurs actions de mécénat, atteignant 2,5 milliards d’euros, à comparer avec le 1 milliard d’euros déclaré en 2005.

Autant le chiffre déclaré nous semble crédible, autant la progression comparée à 2005 nous apparaît périlleuse à admettre en l’état. Nonobstant l’amitié et le respect que nous avons pour l’Admical, ces chiffres appellent quelques commentaires de notre part.

Tout d’abord, qu’il existe en France une telle participation des entreprises aux actions de mécénat est une excellente nouvelle. On ne retrouve pas cependant ces masses financières dans les comptes des principales associations et fondations qui trustent habituellement les fonds privés. 80 % des dons privés vont à une centaine d’organisations.

Ce qui signifie, sans aucun doute une très grande dispersion des soutiens des entreprises à une foultitude d’initiatives associatives locales. Nous avons tous remarqué les contributions de telle ou telle banque, assurance, distributeur et plus généralement d’entreprises du CAC 40 qui, au niveau local via leurs établissements, mais aussi de petites et moyennes entreprises à : une troupe de théâtre, une expo, une association d’éducation populaire, ou telle ou telle initiative d’étudiants, etc.

Il est difficile d’imaginer cependant que cette floraison de générosité ait explosé en 3 ans. Il est plus raisonnable de penser que ces contributions existaient pour une bonne part lors des précédentes enquêtes, mais qu’elles n’étaient ni toutes déclarées (certaines firmes passent ces dépenses en charge de communication) ni revendiqués, ni peut être même centralisées en ce qui concerne les grands groupes.

Ensuite, ce que nous disent ces chiffres, c’est la prise de conscience de l’importance, pour l’image de marque de l’entreprise, que représente l’affichage plus décomplexé des actions de mécénat.

C’est sans doute la vraie nouveauté et le principal enseignement des résultats de l’étude. Les entreprises mécènes sortent du bois et ceci pour plusieurs raisons. Après une période de grande discrétion, pour certaines, les entreprises ont compris – à la suite des lois sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises, de la vague du développement durable, qui a connu son point d’orgue dans l’opinion et chez les décideurs lors du Grenelle de l‘environnement – l’avantage qu’elle pouvait tirer de dire leur mécénat sous toutes ses formes.

Nous sommes convaincus qu’il y a eu une progression en valeur absolue du mécénat entre 2005 et 2008, et la loi Aillagon en est sans doute un des éléments d’accélération, mais il est difficile de croire qu’il ait été multiplié par 2,5 sur une si courte période.

L’analyse que fait l’Admical après avoir détaillé l’affectation en valeurs : relative et absolue des contributions, que le doublement du montant des fonds consacrés au mécénat serait allé en majeur partie à la culture. Pourquoi pas ?

Il serait, cependant périlleux de laisser entendre au milieu associatif et aux fondations que l’apport d’argent frais au mécénat, en trois ans, serait de 1,5 milliard d’euros, soit une croissance de 150 %, ce qui paraît stratosphérique et nourrirait de folles illusions.

Antoine Vaccaro

Répartition du mécénat d'entreprise (Admical)

Solidarité et culture, solide duo de tête !
47% des entreprises interviennent dans le domaine de la solidarité, 36% soutiennent la culture. Le sport arrive en 3ème position avec 26% des entreprises. Puis viennent l’environnement (14%) et la recherche (11%).
NB : une entreprise peut intervenir dans plusieurs domaines

Retrouvez tous les résultats de l'étude sur le mécénat d'entreprise sur le site de l'Admical

tessolidaire.com relève les paradoxes de la finance solidaire

Le site des acteurs de l'économie sociale et solidaire (tessolidaire.com) a posté le 18 juillet un intéressant compte-rendu des quatrièmes Entretiens de la finance solidaire. Lire l'article

Enquête du CerPhi Dons : tendances 2008

En 2006, les Français ont donné plus de 2 milliards d'euros pour permettre aux associations caritatives de réaliser leurs actions. Chaque année cette somme progresse et les besoins des associations aussi. 

Qu'en sera-t-il en 2008 ?

À l'heure où le pouvoir d'achat des Français est plus que jamais en question, tandis que le prix des denrées alimentaires explose dans le monde, provoquant des “émeutes de la faim ”, le CerPhi souhaite mener une enquête sur ces questions : Comment donneront les Français cette année et pour quelles raisons ? Que voudront-ils et que pourront-ils faire ?

Découvrez les premiers résultats de l'étude en annexe.

Martin Hirsch, “il serait temps que les grands patrons comparent leur philanthropie”

Dans une interview pour le site de l'express.fr, le Haut Commissaire aux Solidarités Actives en appelle à la philanthropie des grands patrons et des grandes fortunes pour financer des projets d'action sociale, à l'instar de leurs homologues anglo-saxons.

J'apprécie la franchise et l'absence de dogmatisme de Martin Hirsch. Au risque de fâcher les "toutétatistes", il n'hésite pas à comparer le modèle philanthropique américain à celui encore trop étriqué de l'hexagone. “Aux Etats-Unis, le budget de la fondation de lutte contre la pauvreté des enfants, créée par le transporteur UPS, s'élève à 3 milliards de dollars ! J'ai surpris le président de la République en lui racontant mon entrevue avec Michael Bloomberg, le maire milliardaire de New York, passionné par le RSA. Or Bloomberg a puisé dans sa cassette personnelle et dans celle de ses amis pour mettre en place des programmes d'expérimentation sociale, pour soutenir le retour au travail ou l'éducation des plus défavorisés”.

Et quand la journaliste lui demande : "Que faudrait-il, en France, pour que le déclic se produise ?"

Le Haut Commissaire aux Solidarités Actives (il n'y a qu'en France qu'on peut inventer un pareil titre !!!) répond : “En théorie, les conditions sont réunies ! Depuis la loi Tepa, la fiscalité sur les hauts revenus est dans les standards internationaux : on ne peut plus dire qu'elle soit spoliatrice. Le discours de Nicolas Sarkozy est fondé sur l'esprit d'initiative. Cela vaut pour la création de richesse, mais aussi pour de nouvelles formes de solidarité. Ne manque plus que le passage à l'acte de ceux qui ont les moyens. Pas pour de la charité, mais pour financer l'innovation sociale. S'ils le font déjà, qu'ils sortent de leur discrétion pour faire naître des vocations. S'ils ne le font pas, qu'ils s'y mettent ! ”

Martin Hirsch parle d'or, il est vrai qu'aujourd'hui le système français de déduction fiscale des dons est parmi l'un des plus avantageux au monde. Mais il est vrai aussi que les Français riches et moins riches sont loin d'en exploiter tous les avantages. Pensez donc, si on prend simplement le plafond de déduction des dons, calculé sur la base du revenu net imposable, la loi prévoit un plafond de 20 % du RNI (revenu net imposable) et que constate-t-on ? Les foyers les plus fortunés ne donnent pas 1 % de leur RNI. Il reste une sacrée marge de progression ! Mais comment l'exploiter ?

Martin Hirsch en appelle à faire connaître les vocations : “S'ils le font déjà, qu'ils sortent de leur discrétion pour faire naître des vocations. S'ils ne le font pas, qu'ils s'y mettent ! ”. Il met immanquablement le doigt sur la vraie fracture culturelle qui existe entre le philanthrope américain et sa pâle figure française et qui porte sur l'absence de la fierté philanthropique si fortement ancrée dans la culture anglo saxonne.

C'est tout le sens et l'objet du manifeste que nous proposons à la signature, dans lequel nous appelons à faire connaître les réalisations philanthropiques, afin d'en mesurer la qualité de l'action et d'en apprécier les résultats. Nous sommes particulièrement touchés qu'un haut fonctionnaire du profil et de la sensibilité de Martin Hirsch nous rejoigne sur une telle position. Nous espérons aussi qu'il signera le manifeste que nous lui adressons.

Antoine Vaccaro

La Fondation Jacques Chirac, événement inaugural de l'entrée de la société française dans l'ère de la Philanthropie.

Qu'un président français, homme d'Etat et homme de l'Etat, à la longévité dont seuls les Français ont le secret, décide à la fin d'un parcours politique d'exception de s'investir dans la création d'une fondation, cette nouvelle ne peut pas laisser les militants de la philanthropie indifférents. Bien sûr, des fondations, les présidents français en ont créées pour leur épouse et ils le faisaient depuis l'Elysée en mobilisant bien souvent la puissance publique, parfois les finances des entreprises publiques et en pesant de tout leur poids pour permettre à ces fondations de trouver leur place dans le paysage associatif français.

Mais ici, il s'agit de tout à fait autre chose. C'est la première fois qu'un ex-président français, à l'issue de son mandat, décide de doter une fondation pour mener à bien un projet d'intérêt général. Vous pourriez arguer que les présidents français quittent en général le pouvoir aux portes de l'au-delà et qu'ils ne sont plus dans pareil agenda. Et Valéry Giscard d'Estaing ? Non, je crois bien qu'il s'agit réellement d'un changement de culture, (ne sortez pas vos revolvers !) et à l'image d'autres pays, nos hommes politiques comprennent désormais l'importance de la geste philanthropique, à la fois pour s'occuper et pour tenter de changer le monde.

Souvenez-vous de l'image détestable de Bill Gates avant la création de sa fondation. Misanthrope, monopoliste, tycoon qui se voyait traîné, lui et son entreprise Microsoft, devant tous les tribunaux pour des procédures anti-trust. Tout a changé au lendemain de la création de sa fondation. Désormais Bill Gates est passé dans une autre dimension. Sans doute comme ce fût le cas pour Rockfeller, Ford, Vanderbilt. Qui se souvient de leur vie de capitaines d'industrie impitoyables ? Pour revenir aux hommes politiques, la décision de Jacques Chirac de créer sa fondation éponyme l'installe sur les traces de Gorbatcheff et sa fondation Greencross, de Bill Clinton, de Jimmy Carter et de Helmut Kohl et sa “fondation Médaille d'honneur Helmut Kohl”.

L'importance de cette fondation ne tient pas à mon sens à la taille de sa dotation, somme toute assez modeste comparée à celles des présidents cités plus haut, ni à son objet fort estimable. Elle tient surtout à la valeur d'exemple qu'elle représente pour tous les grands acteurs philanthropiques. Et cet effet d'exemplarité est d'autant plus fort aujourd'hui que vient d'être voté, ou va être voté, un texte fort intéressant, même si assez problématique, (nous en reparlerons quand sortiront les décrets d'application) : dans le cadre de la loi de modernisation de l'économie, l'article 37 qui prévoit de créer en droit français les fonds de dotation. “Cet outil de gouvernance à but non lucratif permettra aux donateurs de contrôler l'utilisation des fonds et n'est donc pas limité au champ du mécénat. Il offrira aux donateurs, français comme étrangers, une nouvelle modalité de soutien financier, plus adaptée au contexte international ”, c'est à dire, en substance, la possibilité de créer des fonds nominatifs, pouvant collecter des dons privés et recevoir des legs. Un cadre juridique et fiscal propre à encourager les philanthropes de tout niveau et sensibilité. Alors, longue vie à la Fondation Chirac !

Antoine Vaccaro

Le Grand Duché du Luxembourg se mobilise pour développer la philanthropie

La Banque de Luxembourg a organisé le 23 avril 2008, dans l'auditorium de la Philharmonie un colloque qui a réuni plus de 250 participants et a été ouvert par le Premier Ministre Jean Claude Juncker. Une étude préalable a fait ressortir une forte croissance de la philanthropie en Europe et particulièrement en France où le mécénat d'entreprise a été multiplié par 3 entre 2003 et 2005. Le Luxembourg semble être en retard alors qu'il existe un fort potentiel. Des propositions ont été avancées qui ne surprendront pas les Français puisqu'elles concernent :

  • L'aménagement du cadre réglementaire pour simplifier la création de fondations et supprimer l'autorisation préalable pour les dons supérieurs à 12 500 €.

  • Accroître la déductibilité fiscale.

  • Faciliter les dons transfrontaliers dans la mesure où une part importante des actifs résident hors du Luxembourg (plus de 300 000 personnes).

La notion de fondation abritante introduite dans le droit français fait des émules car les rapporteurs proposent la création d'une fondation communautaire dite "faîtière" à l'instar de la Fondation du Roi Baudoin et de la Fondation de France auxquelles il a été souvent fait référence. Enfin les orateurs ont souligné l'importance de l'information du public, de l'assistance et du conseil pour initier des actions de mécénat, et la professionnalisation du secteur non-lucratif en particulier dans le domaine de la collecte de fonds. En se dotant d'un appareil modernisé dans un délai bref (le Premier Ministre s'est engagé à déposer un projet de loi pour la fin mai) le Grand Duché, connu pour sa capacité de gestion des patrimoines, peut devenir un intermédiaire actif dans la création de fondations en Europe.

Guy Courtois
Président de la Fondation A&P SOMMER

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